« Des vidéos qui surfent sur les techniques journalistiques »

©Dahmane

François Kermoal a fondé Steve & Cie en 2014, à Paris, une agence de contenus vidéos originale qui surfe sur les techniques journalistiques. Interview.

Tu as dirigé les rédactions papier et Internet des magazines  Stratégies et L’Entreprise… Pourquoi et comment la vidéo?

FK. D’abord, c’est une passion ancienne. J’ai eu ma première caméra à 10 ans (rires). Plus sérieusement, je n’avais jamais vraiment imaginé en faire mon métier, j’étais un journaliste de l’écrit, print ou Web d’ailleurs. J’ai commencé à vraiment m’intéresser à la télévision en 2006, avec l’arrivée des chaînes de la TNT. Coup de chance, j’ai animé pendant plus de deux ans, sur Direct 8, une émission hebdomadaire sur les marques et la publicité. C’était totalement inattendu mais j’y ai pris goût. J’ai aussi participé à plusieurs documentaires autour de l’entreprise. Quand j’ai quitté le groupe Express, en 2013, j’avais envie de refaire du journalisme de terrain. Et quoi de mieux que la vidéo, qui oblige justement à aller sur le terrain ? Car pas d’images, pas de sujet!

Et Steve?

Parce que Steve Jobs, qui inspire toujours pas mal de monde dans le business, et Steve McQueen, dont j’étais super fan!  L’affaire Thomas Crown, dont il partage la vedette avec Faye Dunaway, est le premier film avec des écrans partagés. J’adore !

Comment t’es-tu formé?

FK. Déjà, j’avais une belle expérience journalistique, ce qui aide. Je suis aussi un passionné de l’image et du graphisme sous toutes ses formes, un malade de la typographie, ce qui aide aussi à vendre des productions bien finies. J’ai suivi, au Guardian de Londres, une formation à la vidéo dispensée par Michael et Lisa Rosemblum. Michael est un américain qui a formé des centaines de journalistes à la vidéo, qui a lancé des chaînes de TV dont une revendue au New York Times. Il est l’un des premiers à avoir compris que cet univers de la télévision, très lourd, était en train de changer, que la technologie, avec notamment l’avènement des smartphones, allait tout bouleverser ; que tout allait devenir plus simple, que l’on pourrait lancer sa propre chaîne sans que cela coûte une fortune, avec un minimum de gens. Quand on voit le succès de YouTube, aujourd’hui, on peut dire qu’il était visionnaire.

Qu’est-ce que son approche a d’original ?

FK. C’est l’idée que le contenu, le storytelling, comme on dit, prime sur tout, et notamment sur la technique ! C’est bête mais c’est fondamental. Quand on rencontre un écrivain, on ne lui demande pas la marque de son stylo… Et c’est sûr que cette idée que le contenu est roi me parle, surtout quand tu as été journaliste pendant des années ! Michael et Lisa, qui a de son côté travaillé pour la BBC, ont développé une méthode bien à eux qui permet de devenir très vite opérationnel, du tournage au montage, jusqu’à la vente de ses productions. Pendant leur « bootcamp » à Londres, en 2014, c’était le bonheur ! J’ai vu tout de suite ce que je pouvais en tirer. Je suis rentré à Paris, j’ai acheté une caméra, j’ai commencé à faire des vidéos et j’en ai tout de suite vendues. J’étais tellement emballé que je n’ai même pas analysé le marché. Tant mieux, d’ailleurs, car je n’aurais peut-être pas créé ma boite de peur de me planter. Il y a beaucoup de « pros » et comme dans tous les secteurs, personne n’a envie de voir arriver des Ovnis avec des méthodes plus légères. Après, j’ai beaucoup travaillé pour améliorer mes images, le son, etc. Je ne remercierai jamais assez les groupes sur Facebook ou les tutos sur YouTube! Ce sont eux, les rois de la formation continue! Il y a toujours un truc de nouveau à apprendre, une nouvelle caméra à maîtriser, un nouveau plugin de montage… C’est un métier de passionnés où l’on apprend toujours.

Pour qui travaille Steve & Cie et comment résumer son offre?

FK. Steve & Cie est une agence de contenus vidéo qui travaille surtout pour les entreprises et notamment de très belles marques. Au-delà des belles images (!), je vends des contenus très journalistiques : interviews, reportages, le genre de sujet qui pourrait passer au JT de TF1 et que je produis de A à Z avec la souplesse d’un journaliste, parfois avec une équipe réduite. Steve & Cie produit pour Internet des production de qualité broadcast. J’ai ouvert un mini studio d’enregistrement vidéo place de la Madeleine, à Paris, ce qui est très pratique. J’y tourne pas mal d’interviews de patrons sur fond vert. J’ai parallèlement développé, depuis bientôt deux ans, une offre en Motion Design qui marche bien et qui elle aussi repose sur la maîtrise des contenus. Les vidéos en motion design, ou infographies animées, en bon français, sont très à la mode mais les process de production classiques peuvent se révéler très lourds et chronophages pour les entreprises. J’ai développé une façon de faire très agile qui répond bien aux demandes de mes clients, souvent très pressés (des clients, quoi!) et qui plus est à des prix corrects. Le motion design est vraiment génial et très efficace pour présenter des résultats d’études, par exemple.

Qu’est-ce qui fait une bonne vidéo ?

FK. On peut en parler pendant des heures, s’écharper sur l’intérêt de tel ou tel logiciel ou équipement mais au-delà de la qualité des images et du contenu en général, je dirais que c’est son pouvoir « d’entertainment », comme disent les anglo-saxons. La vidéo est un média unique pour vendre un produit ou un service, à condition de ne jamais oublier l’importance de la narration. On peut traiter des sujets très sérieux mais la clé est de savoir rester léger, simple, compréhensible, ludique, et bien sûr, si possible, toujours dans l’action et le storytelling… Après, c’est comme dans le journalisme, vive le terrain! C’est beaucoup mieux dès qu’on sort du bureau. Et si on peut ajouter un peu d’émotion, c’est gagné !

Tes projets, désormais ?

FK. Continuer à progresser dans les formats que je vends, je commence par exemple à regarder du côté de la 3D, et lancer parallèlement des projets plus personnels, plus journalistiques… J’ai plein d’idées de magazines vidéo. On ne se refait pas ! C’est d’ailleurs tout l’intérêt de poser un oeil neuf sur un média. On a envie de tout faire!